02/08/2010

Témoignage de "Giselle": Une prison vivante

Giselle (pseudonyme), ancienne membre de "Solidarité et Progrès" (ayant quitté le mouvement en 2003), nous décrit comment on peut facilement rentrer dans cette secte sans se rendre compte de la fraude....

SOMMAIRE:

  • Qui est Larouche?
  • Larouche facho?
  • Qui sont les victimes?
  • Les méthodes de recrutement.
  • La vie comme Larouchiste
  • Le tourbillon
  • Esclaves...
  • La manipulation mentale
  • La précarité des jeunes Larouchistes
  • L'indispensable fiction
  • Une organisation sectaire
  • Comment les aider?

Qui est Larouche?

Vous pouvez vous renseigner sur Lyndon LaRouche et ses acolytes dans les ouvrages de Dennis King, Chip Berlet, des ex-membres de l’organisation et beaucoup d’autres témoins du développement de cette secte dans le monde. Sachez avant tout que ce mouvement n’a aucune prétention politique, que chaque fois que l’opportunité s’est présentée, l’organisation s’est auto-sabordée. Lisez à ce titre tous les témoignages qui s’y rapportent.

Il faut bien comprendre que les finalités d’une secte ne résident que dans le pouvoir sur les individus et l’argent.

A partir de là il s’agit de créer des couvertures associatives, culturelles politiques… Larouche a même créé un réseau de renseignement très performant grâce auquel il a pu empocher un maximum d’argent en vendant son « intelligence » à certains groupes politiques, comme par exemple, le gouvernement sud africain pro apartheid d’où les liens mentionnées entre LaRouche et le meurtre d’Olof Palme (ancien premier ministre suédois social démocrate, virulent opposant de l’apartheid sud-africain).

« Derrière le masque de la démocratie, se cache le vrai Olof Palme, une bête féroce enragée, le meurtrier à la hache, le diable en personne. »

C’est en ces termes violents que fut caractérisée la victime assassinée (édition allemande du « Nouvelle solidarité » 18 juin 1975). Palme fut montré de façon caricaturale avec une hache à la main, des yeux féroces, en diable lubrique aux noirs desseins.

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres… C’est ainsi que Larouche laisse traîner derrière lui des casseroles retentissantes.

Protégé ? LaRouche l’est depuis longtemps par certaines autorités. L’EAP (l’antenne allemande du mouvement) était l’objet d’une observation par les services de contre espionnage. Cette observation fut interrompue. Une vérification du mouvement « vue sous l’extrémisme de droite » s’est révélée « négative » en 1980 s’est expliqué le président de l’administration allemande du contre espionnage, Heribert Hellenbroich, (Le Spiegel 1984) « parce qu’il manque à ce groupe un  nationalisme exacerbé ».

Etait-il possible de réenvisager la mise en place d’une mission d’observation de l’EAP par l’administration fédérale du contre espionnage dans la mesure où le président de cette administration était le frère du secrétaire général de l’EAP, Anno Hellenbroich ?

Lorsqu’une organisation vend du renseignement au plus offrant, pas étonnant d’obtenir à la longue certaines protections officieuses à tous les niveaux de l’Etat (y compris dans l’appareil militaire) ou de gagner beaucoup d’argent auprès des entreprises.

Larouche facho?

Mais tout ceci n’est pas un scoop. Il suffit juste de taper certains mots clé sur des moteurs de recherches, et les informations viennent très vite. Antisémite, fasciste, totalitaire, conspirationniste, sectaire, toutes ces accusations sont fondées sur l’histoire factuelle de l’organisation de LaRouche et des textes qu’il a édités depuis 30 ans. Ces textes, la plupart en américain dans les anciens « Campaigners », ne sont guère disponibles en France mais vous pouvez  y avoir accès par internet. « Zionism is not Judaïsm » est particulièrement explicite contenant un article ouvertement négationniste. Et ne vous imaginez pas que ses vues sur les « mauvais juifs », la « création d’Israël », la « culture moderne », le « système financier », « les grands travaux » sont originales. Vous trouverez la même chose dans l’intelligentsia nazi des années 30.

Sachez aussi qu’il est très facile de rendre des juifs antisémites, des noirs pro apartheid. Il est en effet coutume de confondre les interrogations des membres en leur disant qu’il y a plein de juifs dans le mouvement… Ce qu’ils ne vous disent pas c’est que l’esprit humain ne se réduit pas à ses particularités religieuses, ethniques, quelles qu’elles soient.

Malheureusement certaines personnes se sont laissées dupées par les « associations écrans » fondées par Cheminade et ses associés en France dans les années 80.( Le Parti Ouvrier Européen, Alerte à la drogue, L’Institut Schiller, L’académie des études humanistes AEH, Fondation pour l’Energie à Fusion FEF, Le Club de la Vie, la France et son Comité Armé, le comité CATTANOM, l’EIR, Culture et Tradition, Beethoven et les grands Maîtres…). Ces sociétés ont été destinées à infiltrer le monde politique, scientifique, militaire, religieux, culturel. C’est comme cela que se financent les sectes.

Une prison vivante

Le problème, c’est que pour un membre de ce mouvement, tout cela n’est qu’une vaste conspiration contre LaRouche, autrement dit le serpent se mord la queue…

Et c’est là qu’il est important de comprendre le phénomène sectaire, la prison vivante qui vous empêche de penser par vous même, qui vous étouffe dans un système total de la pensée reniant votre passé, vos repères affectifs, intellectuels, moraux, tout ce qui a forgé votre identité propre et unique depuis que vous êtes né. C’est ce qu’on appelle le «snapping»(Combatting Cult MindControl Steven Hassan) autrement dit le changement de personnalité. I l vous est alors impossible de remettre en question le gourou, le chef, le guide. Vous ne pouvez plus vivre dans l’autre monde, le monde des méchants, des ennemis. Vous êtes passé de l’autre coté de la barrière, renoncer maintenant ce serait comme vous trahir, vous renier, « sauter sur un champ de mines »(dixit LaRouche)… Vous êtes totalement infantilisé et soumis corps et âme aux jugements et aux volontés du mouvement. Le comble c’est que LaRouche qui a étudié la manipulation mentale quand il songeait à déprogrammer des membres suspectés d’avoir été enlevés par la CIA (mensonge avéré), décrit très bien comment on peut en trois jours changer les « axiomes d’une personne », comment on peut lui « arracher le masque de la persona bourgeoise » par des sessions intensives ce qu’il appelait des « psycho session » ou « ego stripping » et aussi en version beaucoup plus soft aujourd’hui, des « écoles de cadres ». Voir le pamphlet « Beyond psychoanalysis »publié dans les années 70 aux Etats-Unis. En bref LaRouche touche sa bille sur les méthodes de manipulation mentale! ! ! (Forcément quand on se rend compte des similitudes de l’organisation de Larouche avec l’organisation du parti nazi et du parti soviétique stalinien, on se dit que Larouche a « pompé » certains procédés.).

Qui sont les victimes?

Il faut aussi démystifier ce qu’on pense sur les sectes. La plupart des gens ne pensent pas pouvoir être victimes de sectes. En premier lieu parce qu’ils ne savent absolument pas de quoi il s’agit. Il est vrai que dans les médias, on nous présente toujours les gourous comme de vulgaires enturbannés complètement shootés et mystiques. De plus, le phénomène n’est pris en considération que depuis une trentaine d’années. Et c’est très laborieux…

On pense aussi qu’il faut avoir un sérieux problème, qu’il faut être vraiment naïf voire stupide pour tomber dans une secte. Alors sachez que la plupart des victimes sont très intelligentes, idéalistes et éduquées même si beaucoup ne se sentent pas très bien dans leur pompes quand ils rencontrent l’organisation. Voilà un premier point qu’il s’agit de souligner pour ne pas se méprendre.

Votre pensée, vos interrogations, votre volonté quelles qu’elles soient se dérobent sous vos pieds pour rejoindre le carcan, le moule du groupe. C’est bien pour cela qu’à 20 ans, alors qu’on a du temps pour se poser les bonnes questions, et qu’on n’a pas encore tant de responsabilités sur le dos, on est la proie rêvée des sectes, en particulier celles qui se mettent à la mode des courants politiques alternatifs.

Mais par la suite, ce que vous subissez à 20 ans, 30, 40, ou 60 ans est la même chose. L’esprit humain est vulnérable à tout âge.

Peu à peu, vous perdez pied avec ce que vous êtes, les problèmes que vous avez à régler. (Et tout le monde a « un problème », c’est la normalité la plus banale.)

Vous ne prenez plus le temps de vous retourner pour faire le point. Le tourbillon a commencé, et c’est l’engrenage. La contradiction entre vous et le mouvement vous apparaît d’abord clairement et puis le groupe intervient, la pression psychologique, la nécessité d’une présence physique vous épuisent, les réunions, l’endoctrinement… Votre système de défense critique est touché. Vous n’avez plus la capacité de vous en sortir seul. J’en appelle à tous les parents, amis, enseignants d’intervenir à ce moment précis pour éviter la suite.

Vous avez mordu, ils ne vont pas vous relâché. Heureusement, beaucoup ne dépassent pas ce stade et rompent avec le groupe mais le pire c’est que dans bien des cas ils se sentent coupables, preuve que la manipulation était déjà en marche.

Pour les autres, va s’en suivre un long « désaprentissage » de soi-même. Une étape souvent vécue de manière très euphorique par les membres. On a l’impression de tout envoyer balader, de se refaire une jeunesse, de « renaître ». en fait on est en train de vous séduire en vous lovant dans un cocon très confortable. Vous êtes exceptionnel , vous n’avez pas à vous prendre la tête avec vos anciens problèmes, de toute façon c’est vous qui aviez raison, on vous a menti, et on le fait toujours aux meilleurs., comme vous… En fait vous étiez quelqu’un d’assez génial et on vous a volé. Vos parents vous ont volé, regardez le monde qu’ils vous laissent, les profs vous ont trompés, rendez-vous compte de tout ce que vous ignorez, et vos amis, ils seraient tant qu’ils grandissent ou qu’ils changent, de toute façon ils ne comprennent rien à rien… Ce que je viens de dire là sera compris ironiquement par tout le monde mais aussi au premier degré par les membres d’une secte.

Les méthodes de recrutement

Lors de votre première rencontre, vous avez été scruté, on a établi une petite fiche sur vous, un petit profilage qui ne s’avère utile dans le recrutement que si l’on arrive à déterminer votre PROBLEME. Vous aurez alors le droit à une petite étiquette, et si vous avez du « potentiel » on vous soumettra alors à un décorticage pour vous faire CHANGER.

Le mécanisme du recrutement s’appuie en effet sur le problème de la personne, la nécessité pour elle de changer, « par chocs violents s’il le faut », et le recouvrement d’une nouvelle personnalité qui mène la « lutte intérieure » entre l’ancien et le nouveau « moi ».

Autrement dit si vous êtes « lisse » pour un membre de secte vous n’avez strictement aucun intérêt. Etre lisse signifie, ne pas poser de questions qui fâchent, ne pas contredire, ne pas argumenter, ne pas débattre, acceptez les rendez vous sans rien dire. Généralement, cela n’existe pas sauf pour les gens un peu paresseux qui mettent du temps à arrêter d’en perdre ou pour les observateurs (étudiants en sociologie par exemple) qui veulent observer le fonctionnent du groupe. Autant vous dire que ce ne sont pas les benêts ou autres illuminés qui sont les victimes des sectes comme on le croit trop souvent. Sauf si certains seront éventuellement utilisés pour des tâches de « petits bras » comme la distribution de tracts à la sortie des métros ou le collage d’affiches. Mais généralement ils ne font pas long feu, trop embarrassants ou « inaptes à comprendre ce que fait l’organisation ».

Quand à ceux qui « restent », que vous le vouliez ou non, à présent vous faites partie de l’élite, les nouveaux Martin Luther King, les nouveaux leaders mondiaux, tout cela en potentiel bien sur , et oui,  il faut d’abord changer, et devant tout problème, tout désaccord, ne surtout pas l’ouvrir ou polémiquer, il faut « montrer l’exemple ». C’est ce qu’on vous fera systématiquement comprendre, par tous les moyens. Comme l’a si bien dit une des victimes de cette secte, si vous n’êtes pas d’accord avec LaRouche, « cherchez d’où peut venir votre problème ».

La vie comme Larouchiste

Les semaines passent, vous êtes de plus en plus seul à l’extérieur du mouvement et de plus en plus seul à l’intérieur du mouvement, mais ça vous ne vous en rendez absolument pas compte. Vous avez l’impression de faire partie d’une bande de copains, d’une armée révolutionnaire, d’une académie humaniste, d’un parti politique pas comme les autres…

Seuls, vous l’êtes face à vos doutes vos peurs qui sont omniprésentes, vos interrogations que vous ne pouvez guère soumettre à vos camarades de lutte au risque d’exciter la curiosité, de susciter la méfiance ou de témoigner d’un manque d’engagement.

Bref, vous êtes dans l’impasse. Plus personne à l’extérieur comme à l’intérieur pour vous comprendre. Vous êtes isolés.

Le tourbillon

Il faut alors faire un choix. Soit vous renoncez, et vous avez l’impression que le monde s’écroule sous vos pieds, soit vous vous battez, mais contre vous-même.

Dans tous les cas on vous aura piéger de cette manière. On vous aura casser en deux. On se sera servi de votre identité contre vous même. Je m’explique : vous allez être forcé à révéler une partie de vous même, un souvenir, une expérience, un trait de personnalité. Cela valide la confiance que vous devrez porter aux membres puis finalement au chef qui ne manquera pas lors de vos rendez-vous en tête à tête ou au détour d’un couloir de vous poser des questions « indiscrètes » en feignant un léger embarras. Ainsi il fut demandé à un membre (en privé) s’il avait des relations sexuelles avec sa femme. La réponse du membre fut récompensée, il fut en effet informé que le chef avait par ce biais vérifier la loyauté du membre envers lui.

Une fois cette partie de vous même exposée, qui n’a pas toujours à voir avec des dits « problèmes psycho-sexuels », on va vous la faire apparaître de manière extrêmement négative, horrible à vos yeux, ce dont à présent vous aurez honte et qu’il va falloir changer. Il arrive d’ailleurs souvent que « votre problème » soit exposé publiquement en réunion de manière à humilier la personne et l’inhiber encore plus. Rendre les choses publiques est la meilleure façon de les rendre taboo. Le but étant de faire en sorte que quoique que vous décidiez, il s’agira toujours de se battre contre vous même. Que vous renonciez à vous « engager » OK mais il faudra vivre avec ce monstre que l’on a inventé au fond de vous, soit vous « joignez » et il faudra faire taire ce monstre qu’il y a au fond de vous. Au passage un membre de secte n’a jamais joint une organisation, il a cédé à son recrutement.

Autrement dit vous n’avez pas le choix, car le mal est fait. C’est pour cela que ne joignez pas ce mouvement, vous êtes recruté, vous êtes kidnappé psychologiquement par ce mouvement.

Et c’est la chose la plus perverse qui soit. Ils vous font croire que vous avez la possibilité de choisir si vous voulez vous engager ou non, mais ce choix, cette liberté est illusoire.

Et comme vous avez l’impression que vous vous êtes engagé volontairement, vous allez encore plus le faire et devenir membre à plein temps parce que vous resterez sur l’idée que tout cela part d’un acte responsable et autonome.

Et puis vous devez convaincre les autres que vous êtes convaincu ainsi vous serez d’autant plus convaincus et convaincants. Tout ce processus s’effectue très vite, en quelques semaines voire quelque jours.

D’ou la nécessité d’envoyer les personnes très vite dans la rue pour se frotter à leurs propres doutes. Il s’agit en effet d’une manière extrêmement intelligente et très rentable de s’auto- recruter. Vous rencontrez des doubles de vous même avec les mêmes réticences, les mêmes interrogations, les mêmes critiques, mais là vous êtes dans la position confortable de celui qui n’a pas à êtes convaincu, autrement dit vous sautez une étape et cela vous arrange bien. Vous n’êtes pas convaincu par ce que vous dites mais pour peu que l’autre personne soit convaincue, vous êtes bluffé et là, vous vous êtes convaincu. En tout cas, vous savez que vous avez le pouvoir de convaincre quelqu’un et ça vous « dope ». L’autre, la personne lambda devient votre double mais un double cobaye sur lequel vous allez pouvoir vous expérimenter.

Généralement vous n’allez garder que le meilleur, et bazarder tout le reste c’est à dire précisément tout ce que vous n’avez pas résolu et qui pourrait vous faire ouvrir les yeux.

Ce qui est triste à ce moment là, c’est que les personnes qui savent que ce mouvement est dangereux, qui savent que tout ce que vous racontez est du pur endoctrinement ne font que renforcer votre ensectement. Dire à un membre de secte qu’il est dans une secte sans autre forme d’explications revient à considérablement accélérer le processus d’enfermement du membre. Et puis il y a le mépris de tous ces gens qui vous renforcent dans l’idée que décidément ce monde est dégueulasse…

Esclaves...

Comme dans tout mouvement totalitaire, moins on a de temps pour soi, mieux c’est. Aussi faut-il maintenir l’illusion permanente de l’urgence. Résultat : on passe son temps à organiser un système volontairement désorganisé.

L’objectif pratique du mouvement est d’encadrer autant de gens que possible dans son organisation, et de les mettre et de les maintenir en mouvement ; quand à l’objectif politique, qui constituerait la fin du mouvement, il n’existe tout simplement pas. (Hannah Arendt LeSystème totalitaire, ed. du Seuil, p.50.)

Concrètement les membres de ce mouvement ne font pas grand chose. Il y a les réunions, la rue, les trajets, les appels téléphoniques et les repas. Mais tout cela constitue pour le membre un travail considérable, un véritable esclavage s’il veut le faire le mieux possible. L’épuisement est surtout psychologique. Tel un rat qui court dans une roue, le membre d’une secte n’a aucun repère de la portée véritable de ses actions. Il se réfugie alors dans le court terme, réussir à inviter cette personne à la conférence, réussir à abonner celle-là . On verra pour la suite.. En fait, sans s’en rendre compte le membre ne fait absolument rien de ce qu’il croyait. Il suit le mouvement, il adopte un comportement grégaire, il perd le sens de l’initiative, il perd la confiance en son propre jugement, il perd son sens de l’humour, il se perd soi-même et s’efforce de ressembler tant bien que mal à celui qu’il faut être, à son vrai moi, celui que le mouvement a révélé en lui sans lequel il ne serait qu’un individu quelconque ou coupable, qui « s’ennuierait à mourir » ou « ne saurait plus se regarder dans une glace ».

La manipulation mentale

Outre le harcèlement des pressions psychologiques de votre recrutement, il vous faut également être « conditionné » par les émotions.

C’est pourquoi l’organisation tient des chorales dans chaque antenne, où les membres doivent apprendre à « embellir leur âme » avec les « grands Génies » de la musique classique allemande ou les chants nationalistes guerriers. Ces chorales sont réunies lors des conférences pour une espèce de liturgie mystique qui aurait pour effet d’inciter les jeunes « contacts » à rejoindre l’enthousiasme crée par le groupe en « harmonie ».

Les grandes conférences, les défilés, le chant s’opposent à la délibération et à la discussion.

Le mouvement insiste sur le fait que dans la rue, il faut trouver la bonne « perle » ou arriver à « toucher » quelqu’un pour le « retourner ». Aussi les membres deviennent très vite eux-mêmes experts de la manipulation mentale auprès des personnes qu’ils rencontrent. Ils ont appris à « cibler le problème », « repérer la faille », « sentir le potentiel »… Tous ces processus sont bien sur rapportés au chef qui jugera de la pertinence et des avancées de ses petites troupes. A condition qu’elles rapportent de l’argent. « Si la personne ne donne pas d’argent cela veut dire que le membre ne s’est pas pris au sérieux et que la personne en face n’a donc par conséquent pas été sérieuse. »… Culpabiliser toujours et encore, c’est le moteur des sectes.

La précarité du jeune Larouchiste

C’est aussi par la culpabilisation que le chef et ses associées poussent les jeunes à arrêter leurs études, à quitter les universités « où l’on apprend rien ». Les étudiants studieux, qui réussissent leurs études sont systématiquement attaqués et traités de « carriéristes », de « sophistes », « d’ânes savants »… Helga Zepp Larouche incite les membres à aborder les mineurs à la sortie des lycées. Certains membres de l’organisation ont été recrutés à l’âge de 15 ans, 17 ou 18 ans.

Ils y ont passé leur  vie… L’organisation pousse également les membres à arrêter leur travail, les convaincant de faire de fausses déclarations à l’ANPE pour toucher les assedics ou les minima sociaux. Comment les membres font-ils pour vivre ? Cela dépend des cas. Pour les jeunes, généralement il n’y a guère de possibilité si ce n’est celle d’attendre sa petite indemnité pour manger le midi et le soir. Certains membres n’ont même pas de couverture sociale. Les économies ou les revenus des parents (lorsqu’ils acceptent malheureusement d’aider financièrement leur enfant) sont rapidement dilapidés.

Le jeune recru est toujours assuré au départ qu’il ne manquera de rien, qu’un petit pécule lui sera versé chaque mois (un versement aléatoire et irrégulier de 200 euros par mois).

Mais là encore, il y a fraude, d’une part parce que l’organisation fait des profits considérables aux Etats-Unis, il suffit de voire les comptes de campagnes, et d’autre part parce que plus les membres sont dans la précarité et plus ils sont vulnérables, ne pouvant pas prendre le train pour rentrer chez eux, ne pouvant pas vivre seuls, ne pouvant avoir d’activités en dehors du mouvement. En bref, la pauvreté du membre est un conditionnement obligatoire au maintien de sa servilité.

L’argent sert péniblement à payer les loyers qui peuvent l’être, mais les membres sont de toute façon exploités, dépouillés, et au final totalement dépendants du mouvement. Les sympathisants de l’organisation, rarement conscient de son caractère sectaire et totalitaire, sont sollicités pour la financer. Il existe donc plusieurs niveaux de fraudes. Le mouvement de LaRouche peut se faire passer tour à tour pour une « agence de presse » qui vend du renseignement à des entreprises sur listes « froides », un lobby politique qui échange du renseignement contre la possibilité d’infiltrer certains réseaux politiques ou autres, un parti politique qui sollicite le soutien de ses adhérents…

L’indispensable fiction

La fiction passe en tout premier lieu par une cohérence mensongère des discours qui vous sont assénés par les membres. On a l’impression de tout d’un coup tout comprendre. Les ennemis sont identifiés, l’histoire est binaire, le bien contre le mal. Cette vision simpliste qui vous paraît douteuse au départ, ne repose pas dans l’organisation sur un problème objectif à partir duquel on peut avoir une opinion. Le but est que ce « système »qui imbrique toute l’histoire de la pensée vous soit aussi intangible et irréfutable que la Vérité. Autrement dit ils vous font croire qu’ils possèdent le don de démontrer la vérité, et que tout ce qui découle de leurs théories est irréfutable. Mais ce qui compte, ce n’est pas tant le contenu de leurs textes fumeux et répétitifs, que la méthode avec laquelle ils vous submergent d’une quantité d’informations et de postulats qui ne vous laissent pas le temps de prendre le recul nécessaire pour se rendre compte de la facticité de l’organisation. La quantité d’abord, et puis l’endoctrinement, sous la forme de réunions incessantes, de rendez-vous improvisés.

Durant ces réunions, le chef doit systématiquement élever le niveau de tension du groupe, en commençant ses soliloques par : « nous sommes à un moment décisif de notre histoire », « l’histoire ne ressert pas deux fois ses mêmes plats… ». « Certains ici ne comprennent pas notre importance… »

Le langage aussi devient fictif. Le composant élémentaire de notre reconnaissance mutuelle est transformé. Les néologismes sont systématiquement employés pour désigner les activités propres à la secte. Il est fréquent que certains membres s’embarquent dans des discours dont ils ne maîtrisent même pas la signification, utilisant ça et là des expressions figées, des choses rapportées, ou de la soupe syncrétique à base de Jeanne d’Arc, d’humanisme, de crash financier… Le membre perd totalement pied avec la réalité de son discours.  Il s’enivre presque lui-même face un interlocuteur à qui il ne s’adresse pas véritablement mais à qui il prêche un sermon dont il espère entendre lui revenir l’écho en pièces sonnantes et trébuchantes.

L’ «organisage »(anglicisme), ne désigne pas le dialogue, le discours politique, la propagande, il désigne simplement le processus d’embrigadement conscient ou non du membre qui s’adresse à un nouvel individu ou à un autre membre.

Le maintien de la cohésion des membres de cette organisation repose sur une fiction de conspiration planétaire. Les membres deviennent aveugles et hostiles à l’égard du monde existant sans considérer la différence, la divergences des idées.

Les aspects pluralistes de la société deviennent une source de confusion insupportable pour l’esprit formaté du membre désorienté et désaxé.

Par conséquent quiconque n’est pas dans l’organisation est contre l’organisation.

Une organisation sectaire

Pour cultiver le mythe de la conspiration, il faut aussi cultiver celui du « secret » au sein même du groupe. C’est là qu’il intervient la nécessité de créer artificiellement une hiérarchie fondée sur des critères de loyauté envers le chef. Les membres ne savent jamais tout…

Et de toute façon il leur est appris que ce qu’ils doivent savoir. Cette défiance fabriquée à l’égard de la « base » nécessite de temps en temps quelque procès exemplaires, ce qu’on pourrait appeler des « purges ». La vulgarité des propos assénés généralement en privé et aux membres féminins sont des électrochocs destinés à forcer la pudeur, à brouiller les critères de respect dus à la personne humaine. Le membre se sentira bafoué mais au lieu de réagir, s’enfermera encore plus dans la dénégation de soi-même. Il s’agit de détruire l’intégrité de l’individu.

La conséquence la plus directe est que le membre cessera de se penser en tant qu’individu autonome et libre mais en tant que « membre » de l’organisation de LaRouche avant tout.

Le membre ne devient plus que ce qu’il peut apporter au mouvement et cette réduction de son être entraîne le sentiment résigné du sacrifice de soi pour l’organisation et in fine pour le chef

(celui-ci envoie régulièrement sa police secrète prendre la température de la loyauté des membres. Voir l’excellent texte d’Aristote (non recommandé dans l’organisation) sur la tyrannie, Les Politiques, V 11, 1313-a.)

Il faut constamment entretenir un niveau de tension et de terreur suffisant pour qu’aucun lien de confiance s’établisse entre les membres. La terreur nourrit l’isolement et l’isolement nourrit la terreur. Ne plus savoir ce qui est vrai de ce qui est faux, ne plus savoir à qui

On peut faire confiance, ne plus savoir si on peut soi-même se faire confiance : voilà l’état d’esprit de jeunes gens intelligents au bout de quelques mois passés dans une sectes.

Comment les aider?

Sachez que sortir d’une secte est un processus de déroulement de soi : il s’agit de dénouer toutes ses angoisses, ses traumatismes, ses tabous pour à nouveau respirer et se sentir libre. Il est plus difficile de sortir d’une secte que d’y rentrer cela va de soi, mais tous les membres de sectes peuvent revenir à eux même, et retrouver leur liberté. La chose la plus importante à comprendre est que vous ne pouvez pas vous en sortir seul. Ne jamais garder son expérience pour soi, ne pas en avoir honte, écouter à nouveau vos proches ou des spécialistes sont les meilleurs atouts pour sortie d’un secte.

Si vous commencez ne serait-ce qu’à ouvrir un œil, lentement tout votre être peut recouvrer sa lucidité. Ayez confiance, ne renoncez pas.

 

Giselle.

 

Écrit par Ms. Platonium dans Analyse et critique, Secte, Témoignages | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

Hey Giselle,

Do you think you could describe how and why you were able to leave the organization?

thanks,

Écrit par : chator | 07/08/2010

traduction:

"Hey Giselle,

Pensez vous que vous pouvez nous dire comment et pourquoi vous avez pu quitté l'organisation?

Merci"

Bonjour,

"Giselle" nous a laissé son témoignage il y a quelques années. Elle ne veut plus rien entendre de Larouche. De plus, je pense qu'il est assez clair de voir pourquoi elle est partie, et il n'est pas difficile de partir. Il faut juste en avoir le courage (notamment si ça fait des années que l'on est dans une organisation larouchiste et donc qu'on a pas vraiment de futur) et sortir de l'illusion que nos anciens amis et notre famille ne nous accueillerons plus.

Dans mon cas, je peux vous dire que ça n'a pas été dur, car j'ai d'autres opportunités. Je vais mettre mon témoignage plus tard. D'autres vont arriver d'ici là, on attend aussi que les gens rentrent de vacances.

Cordialement

Ms. Platonium

Écrit par : Ms.Platonium | 07/08/2010

Bonjour Platonium,

Cela fait déjà un moment que tu as poster tout cela, j'aimerais voir ton témoignage.

Moi aussi un ami y a fait parti j'aimerais en discuter avec toi

Merci.

Écrit par : perle | 28/11/2011

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